Avec un taux négatif, la banque centrale suédoise brise un tabou économique

La banque centrale suédoise a maintenu jeudi un des ses taux d’intérêts en terrain négatif, une politique destinée à pousser les banques à prêter qui a brisé une « mystique » économique, mais dont la portée reste essentiellement symbolique.

Le gouverneur de la banque centrale suédoise, Stefan Ingves, le 23 octobre 2008 © AFP  Henrik Montgomery / Scanpix

Le gouverneur de la banque centrale suédoise, Stefan Ingves, le 23 octobre 2008 © AFP Henrik Montgomery / Scanpix

Depuis juillet, la Riksbank a fixé à -0,25% son taux sur les dépôts, qui rétribue des sommes déposées auprès d’elle par les banques privées: en clair, les banques payent pour avoir leurs fonds inemployés et à l’abri, une forme de sanction pour leur passivité.

« Il est préférable pour une banque d’être active sur son marché plutôt que de s’asseoir sur son argent et à la fin de la journée venir le déposer chez nous », explique à l’AFP le gouverneur de la banque centrale suédoise, Stefan Ingves.

Le chef de la Riksbank souligne néanmoins que l’impact de la mesure reste pour l’instant très réduit: les autres taux, dont le principal taux directeur, restent au-dessus de zéro, et le taux négatif ne concerne que les dépôts à horizon d’une et deux semaines.

« On pourrait même dire que c’est symbolique, car les montants qui sont effectivement déposés à des taux négatifs sont faibles, très très faibles », relève M. Ingves.

Mais « cela a montré que c’est techniquement faisable » d’avoir un taux négatif, ajoute-t-il.

La théorie économique a contesté la possibilité de taux négatifs, au motif que les gens préfèreraient alors conserver leurs avoirs sous forme de billets de banque, dont le taux d’intérêt est nul, la valeur du billet restant la même.

Mais Lars Svensson, le gouverneur adjoint de la banque centrale suédoise, spécialiste des taux proches de zéro et coauteur d’une étude sur la question avec l’actuel patron de la Réserve fédérale (Fed) américaine Ben Bernanke, réfute l’argument.

« En prenant en compte les coûts de transaction, qui incluent les mesures de prévention des crimes, le coût de stockage, etc. les billets de banque ont en fait un rendement qui correspond à un taux d’intérêt négatif », avance-t-il dans les minutes de la décision prise par la banque centrale suédoise en juillet.

« Il n’y a rien d’étrange à des taux négatifs », estime M. Svensson, qui dénonce la « mystique » qui les entoureraient.

En poussant les banques à prêter les fonds plutôt qu’à les mettre en sécurité, la Riksbank expérimente aussi une arme potentielle contre la redoutée « trappe à liquidités », où la banque centrale n’arrive plus à stimuler le crédit et donc relancer l’économie, phénomène qui a particulièrement frappé le Japon depuis les années 90.

Même au plus fort de sa crise financière, où ses taux directeurs étaient englués près de zéro, la banque centrale japonaise n’avait pas pratiqué de taux négatifs.

Le gouverneur de la banque d’Angleterre, Mervyn King, a récemment indiqué qu’il n’excluait pas de suivre l’exemple suédois.

« La banque centrale a fait tout ce qu’elle a pu pour persuader les banques de prêter de l’argent aux entreprises plutôt que de le déposer à la banque centrale », souligne Henrik Mitelman, responsable de la division stratégie de la banque suédoise SEB.

« De ce point de vue, c’était une décision téméraire, une sorte d’expérience », estime-t-il, en dépit de son impact limité.

afp

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